24/08/2011

Fautes chez de bons écrivains français: Saint-Exypéry, Mauriac, Daudet, Gide, Renard, Châteaubriand, Giraudoux, Colette, Hugo, Giono, Montherlant, Proust, Aragon, ...

Hella André, Des incorrections chez de bons écrivains, VA 30/12/1987

 

De bons et même de grands écrivains commettent des incorrections. Si elles me paraissent intéressantes à relever, c'est parce qu'elles sont autant de pièges grammaticaux dans lequels plus d'un risque de tomber.

 

Conjugaisons

 

Les fautes de conjugaison ne sont pas tellement rares. Les formes du passé simple semblent les plus méconnues. J.-K. Huysmans écrit : " D'un commun accord ils requérirent (pour requirent) la séparation de corps. Et Saint-Exupéry . " Les lampes à arc luirent (pour luisirent). Ce malencontreux " luirent" se rencontre aussi chez Aragon et La Varende. On trouve chez Mauriac « Elle ne recouvrit (pour recouvra) ses sens que sur la première marche ". De même " dissolvèrent " chez Jacques Perret. " extrayâmes " chez Jean Duché, " distraya " chez Daniel Halévy et " bruissa " chez Léon Daudet et André Gide, alors que les verbes dissoudre,

extraire, distraire et bruire n'ont pas de passé défini.

Sous l'influence de l'adjectif stupéfait, stupéfier est parfois supplanté par " stupéfaire", même chez Flaubert : " Cela m'a stupéfait ".

D' excellents auteurs tels que Châteaubriand, Alphonse Daudet et Jules Renard ont paru ignorer que l'infinitif de poignant était poindre, au sens de piquer, et non " poigner ", qui est à rejeter.

Ce qui étonne, c'est la confusi'on assez fréquente entre le passé antérieur de l'indicatif et le plus-que-parfait du subjonctif, dans le cas où celui-ci est considéré comme seconde forme du conditionnel passé : " S'il avait eu du landanum, je n'y eus (pour eusse) pas coupé d'un baiser " (Giraudoux). Mais comment échanger ma nature contre celle que je lui voyais ! Je n'eus (pour eusse) point réussi (F. Carco).

Il n'est pas moins surprenant de voir des noms illustres de la littérature appliquer à des verbes irréguliers la construction interrogative réservée aux verbes en er. à la seule première personne du singulier de l'indicatif présent : " Que voulé-je d'elle ? " (Giraudoux) - " Cousé-jé ? "

(Colette). Qu'est-ce que je veux d'elle ? et Est-ce que je couds ? ont sans doute été jugés trop lourds et trop maladroits. C'était pourtant la seule façon correcte de s' exprimer. En dehors de quelques verbes monosyllabiques souvent employés tels que ai-je, puis-je, vais-je, etc, il s'impose en effet pour des raisons d'euphonie, d'éviter la forme interrogative inversées à la première personne du singulier de l'indicatif.-Il est même conseillé d' étendre cet interdit aux verbes en -er, car si régulières que soient les formes pensé-je, aimé-je, etc, elles prêtent à confusion. du moins pour l'oreille, avec d'autres temps.

Parmi , autres " monstres » morphologiques, je retiendria encore . " excluât " (pour exclût) chez Giraudoux, " vêtissaient " (pour vêtaient) chez Lamartine, " se dissoude " (pour se dissolve) chez Victor Hugo, " se départissait » (pour se départait) chez Cocteau et Roger Martin du Gard, " eusse été d'accord " (pour eût été) chez Roger Vailland, " la pomme d'Adam saillissante " (pour saillante, le sens du verbe étant ici « être en saillie » et non " jaillir ") chez La Varende.

 

Syntaxe

 

Parmi les règles qui concernent la syntaxe d'accord, ce sont évidemment celles du participe passé qui sont les plus bousculées. Chez d'excellents écrivains s'observe même la tendance à rendre le participe invariable dans les propositions relatives quand le sujet y est inversé . " L'insensible .distance qu'avait mis entre eux la fin de- leur précédent entretien (R. Martin du Gard) - « Une doctrine nous est léguée... C'est celle que nous ont transmis nos maitres " (Gide) - « Quels malheurs n' avaient pas causé les femmes ce jour-là ! " (Giraudoux).

Le subjonctif est loin d'être employé dans tous les cas où il est de rigueur. Cela se remarque tout particulièrement :

- Dans les concessives, même si elles énoncent un fait présent ou passé : " Le verre n'est pas de mon art, bien que j'y entends quelque chose " (Claudel) .

" Aussi, il ne nous a jamais donné le prix, quoiqu'il n'y a que nous qui sachions danser " (Proust).

- Après les verbes, noms et adjectifs de crainte ou, plus généralement, de sens affectif . « La crainte que le policier pourrait Se trouver en bas l'assombrit " (F. Carco) - " En s'étonnant que son sang avait pu brûler dans ses veines " (Marcel Aymé).

Les pronoms relatifs sont assez fréquemment source d'incorrection, surtout dont . " Un ami

dont on se console de la mort " (Mauriac) pour . " Un ami de la mort duquel on se console " - " Je flaire une comédie dont je ne suis pas dans le secret " (Montherlant) pour " Je flaire une comédie dans le secret de laquelle je ne suis pas ". Il arrive qu'un mauvais emploi de

dont engendre un véritable charabia, comme dans cette phrase de Pierre Benoit :

" Il y a quelque chose dont je vous serai reconnaissante de tout de suite me dire, commença Mme Périadès ".

Certains écrivains, et non des moindres, n'hésitent pas à faire dépendre une surbordonnée d'une préposition comme s'il s'agissait d'un nom complément. Or, si cette construction est légitime après pour (« il a économisé cet argent pour quand il sera retraité »), elle ne l'est point après les autres prépositions : " J'ai souvent songé à comment vous serez quand vous serez vieux " (Montherlant).

- " Tout de partout, des visages qui rient, avec comme s'ils avaient changé leurs nez et leurs moustaches " (Giono).

" Jeannot n'a rien contre qu'on chasse Maria " (Aragon).

A la différence des autres types d'erreur, celui-ci ne me parait pas dû à l'inattention, mais bien plutôt à une désinvolture provocante que certains écrivains aiment d'afficher à l'égard de la grammaire.

18:41 Écrit par justitia & veritas | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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