24/08/2011

Fautes de chez de bons écrivains: Cendrars, Druon, Yourcenar, Flaubert, ...

Hella André, Les fautes que commettent les bons écrivains, VA s.d.

 

Si nous relevons des incorrections commises par de bons écrivains, c'est pour y rendre attentifs les lecteurs, qui ne manqueront sans doute pas de faire des rapprochements avec

eux-mêmes.

Ce sont les fautes de conjugaison qui nous frappent le plus. Le passé simple est évidemment le temps le plus estropié. On trouve chez Huysmans (A rebours) : " D'un commun accord ils requérirent (pour requirent) la séparation de corps '. Chez Saint-Exupéry (Courrier Sud) : " Les lampes à arc, toutes à la fois, luirent " (pour luisirent).

D'aucuns découvrent un passé simple à des verbes qui n'en ont point, ainsi « extrayai ", « absolvai", « dissolvèrent", « distrayèrent ", etc.

Il n'est pas tellement rare de tomber, même dans d'excellents journaux, sur des barbarismes aussI flagrants que : " Ils déduirent » (pour déduisirent), " elles équivalèrent » (pour équivalurent), " ils vivèrent » (pour vécurent) et " il recouvrit (pour recouvra) la santé ".

Le passé simple n'est pas seul à faire les frais de ces distractions ou de cette Ignorance. VoicI en vrac d'autres incorrections. « se départissait », pour départait, chez Giraudoux, Martin du Gard, Jacques Perret et Vialar.

« Excluât ", pour exclût, chez Giraudoux (Les aventures de Jérôme Bardini). « Leurs nez bleuâtres saillissaient (pour saIllaIent) entre leurs joues creuses », chez Flaubert (Sa1ammbô). D' autres auteurs, pourtant de qualité eux aussi, paraissent ne pas savoir que " saillissait » signifie jaillissait et que " saillait » a le sens de ressortait. s'avançait en dehors . Ainsi, on peut lire chez La Varende « La pomme d'Adam saillissante » (pour saillante). " Elle giserait à jamais dans cette caisse hermétique " (Marguerite Yourcenar, Mémoires d'Hadrien) : gésir n'a pas de conditionnel, et s'il en avait un, ce serait « gésirait » ou « gîrait ».

" Vêtissaient " d'orages, pour vêtalent. chez Lamartine (La Chute d'un ange). « Cela me stupéfait "  (pour stupéfie) chez Flaubert (Correspondance).

« Poigner " pour poindre chez Alphonse Daudet et " poigna " pour poignit chez Huysmans. Ce verbe poindre, au sens de piquer, n'est plus guère usité d'ailleurs que dans le proverbe : .« Oigner vilain, il vous poindra; poignez vilain, il vous oindra". Au sens de commencer à paraître, il est plus couramment employé; mais ses formes verbales se limitent à l'infinitif et au futur.

« Je partirai dès que le jour poindra » .

« On entendait des voix bruisser" (pour bruIre) chez Giono et « Le papier bruissa » chez Gide,

alors que ce verbe n' a pas de passé simple. .. Il arrive aussi que des écrivains confondent le passé antérieur de l'indicatif et le plus-que-parfait du subjonctif. Ainsi , « S'il avait eu du laudanum, je n'y eus pas (pour je n'y eusse pas) coupé d'un baiser. (Giraudoux) « Je n'eus point (pour n'eusse point) réussi ». (Francis Carco) !

Mais la conjugaison n'est pas la seule pierre d' achoppement. Des règles d'accord semblent méconnues parfois, surtout celles du participe passé . " L'insensible distance qu'avait mis (pour mise) entre eux la fin de leur précédent entretien » (Roger Martin du Gard) ;

« Une doctrine nous est léguée ...

C' est celle que nous ont transmis (pour transmise) nos maîtres » (Gide).

Les temps surcomposés sont lourds du fait qu'ils ont deux participes ; ils sont toutefois indispensables dans certaines subordonnées pour exprimer l'antériorité par rapport à une principale dont le verbe est déjà à un temps composé. C'est le cas dans les phrases suivantes . « Quand il a eu terminé sa tournée d'agences, il a tâché de mettre au point son organisation à

lui " (Jules Romains) ; « Quand il a eu fini, il s'est adressé à moi en m' appelant son ami " (Camus). Par contre, les temps surcomposés ne se justifient en aucune manière

dans ces extraits . « Je ne devais la revoir qu'après mon amputation, quand on m'a eu coupé (pour quête » (Kessel) quand on m'a coupé) la main droite" (Blaise Cendrars) : « La cousine Richard qui, à minuit, bien vivante et revenant de Paris, avait été morte (pour étaIt morte) à huit heures " (Marie Noël). Ces formes sont à éviter quand il s' agit de verbes conjugués avec être.

La règle moderne veut que le participé détaché en tête de phrase se rapporte au sujet du verbe personnel qu'il précède. Tous les écrivains sont assez loin de la respecter en toute occasion : « Sitôt sortis de Sousse et de l'abri de ses collines, le vent commença de souffler » (Gide) ; « Arrivé dans une ville nouvelle, une femme découverte le matin dormait le soir dans ses meubles » 

(Montherlant) ; « Lui ayant ramassé son sac, elle remercia d'une voix aimable " (Marcel Aymé). Il faut avouer que. surtout pour la dernière phrase. une grande attention est nécessaire pour que l'équivoque soit évitée.

Les modes sont assez souvent employés à contre-temps. Avant que régit le subjonctif et après que l'indicatif. Il arrive que s' observe l'inverse... Exemples : « Avant que les deux enfants eurent (pour eussent) présenté le feu et le tambourin pour la « Il fallut plusieurs jours et plusieurs nuits avant que nous pûmes (pour pussions) distinguer " (Maurice Toesca). En ce qui concerne après que, nous savons que l'usage est en train de changer. Nous regrettons d'autant plus que c'est une transformation syntaxique que rien ne justifie.

Ce qui nous surprend plus encore, c'est de constater que le subjonctif n'est pas toujours présent après les verbes de crainte et de sentiment. Ainsi : « Car elle ne vint pas, comme si elle craignait que nous fûmes (pour fussions) gênés l'un par l'autre " (René Benjamin) ; « En s'étonnant que son sang avait pu (pour eût pu) brûler dans ses veines » (Marcel Aymé) ; crainte que le policier pourrait (pour puisse) le trouver en bas l'assombrit " (Francis Carco).

Quant la conjonction que remplace une autre, elle régit ordinairement le même mode, sauf ce qui concerne le si conditionnel. Cette règle n'est pas toujours observée . « Dès que la lumière redevint normale et que de nouvelles bouteilles eussent été (pour eurent été) apportées » (Maurice Druon) ; « Alors. disait Adrien, si quelque part un enfant est malade et qu'il faut (pour qu'il faille) un médecin" (Aragon). Ce sont des incorrections flagrantes.

18:48 Écrit par justitia & veritas | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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