24/08/2011

Une orthographe lamentable... VOLONTAIREMENT compliquée

Ruytinx-Sasson L.,  LA CAUSE DE L'ORTHOGRAPHE EST-ELLE PERDUE ?, s.r., p.33-36

 

1. Les Championnats nationaux d'orthographe ( n° 102)

2. Réformistes et réformateurs

 

a) Evolution

 

En général, la réforme de l'orthographe est considérée comme un outrage aux institutions. Celui qui s'en fait le promoteur accepte à priori de lutter contre l'inertie, mais aussi contre l'hostilité qui, si elle n'est pas générale, n'est amputée que de ce qu'elle cède aux sceptiques et aux ironistes. Révolution refusée parce que contraignante ou révolution refusée parce que aliénant une certaine culture qui reste « la culture, ou refusée parce que détournant d'objectifs plus bouleverseurs, elle se heurte à toutes les auto-défenses : psychologiques, économiques, cultur'elles, politiques.

Le réformiste est iconoclaste. Quelle est l'image qu'il faut arracher à ses griffes ? non, ce n'est point une pyramide millénaire ; non, ce n' est point non plus la trace fragile d'une civilisation éteinte ; est-ce alors une oeuvre pure et sans tache, consécration immaculée dd'une pensée lentement mûrie et décantée qui ne saurait être profanée ? Point. Création ampoulée du XIXe

siècle, l'orthographe que nous nous imposons n'est pas vénérable et ne fut vénérée que le jour de sa fixation, celle-ci constituant - alors - une réponse à une nécessité. Etait-ce la bonne réponse ? C'était surtout le bon moment, et il y eut fixation. Le réformateur est le réformiste qui a réussi.

 

L'orthographe n'apparaît pas comme un vieux système à culbuter, mais comme une succession d'adaptations ( 13e s., 1530, 1660, 1853, 1935...):

XIIIe s. : évolution rapide de la langue parlée ;

1530 : Robert Estienne introduit le trait d'union ;

1660 : les grammairiens de Port-Royal préconisent une orthographe phonétique ;

XVIIIe s. : on s'occupait d'autre chose, mais on note à cette époque 1' apparition de nombreux ouvrages destinés aux typographes et qui n'existaient pas, en France, (p.34) jusque-là. Ils traitent d'un ensemble de problèmes que Mme Catach groupe sous l'appellation d'orthotypographie.

1740 : apparition de l'accent circonflexe ;

XIXe s. : - fixation de notre orthographe.

« L'orthographe de l'Académie et la grammaire minutieusement normative de Noël et Chapsal sont les seuls exposés agréés du dogme " ( 1) au moment où, en 1832, la connaissance de l'orthographe devient obligatoire pour l'accession à tous les emplois " publics " ( 2).

- La sixième édition du Dictionnaire, en 1835, joue alors un rôle normatif.

- toute une série de réformistes se manifestent, plaident en vain ; 1966 : - chute du règne du réformiste Beslais ;

- reconnaissance officielle des projets de René Thimonnier.

 

Ce ne sont que des dates parmi d'autres qui pourraient prêter à développement. Mais notre orthographe, la vraie, n'existe bien que depuis 1832. Parmi les grands hommes de l'histoire de la pensée humaine elle n'en a troublé que fort peu. Emergeant de l'analphabétisme généralisé, le produit de l'enseignement obligatoire en pays francophones a donné à l'humanité combien de petits hommes « sachant mettre l'orthographe " ?

 

D'une part, l'orthographe française d'avant 1835 est variable dans le temps et dans l'espace. Mais elle évolue en fonction de critères puérils : faire savant, faire latin ; en fonction de critères esthético-graphiques : par exemple roy, icy . en fonction du prix de la miche de pain ou de la redingote : les clercs calligraphes sont payés à la ligne; en fonction de critères linguistiques auxquels on croit toujours : les distinctions homonymiques ( sain, saint, sein, seing, ceint cinq) D'autre part, cette orthographe, une fois fixée, se fait vilipender.

 

Entre 1740 et 1760, 30 % (3) des mots ont été « corrigés " par l' Académie elle-même, sans heurter ni la majorité analphabète, ni les intellectuels puisque personne ne se souciait de se conformer à une orthographe codifiée.

 

( 1) P. BURNEY L'Orthographe. P.U.F., " Que sais-je ? ", p. 31.

(2) ib.

(3) R. THIMONNIER, Code orthographique et grammatical. Hatier, p. 21.

 

 

(p.35) Répétons-nous, 1’ « orthographe française » immuable n'existe pas et n'a jamais existé. Citons Mme Catach, qui dans son minutieux relevé " Orthographe et lexicographie ", écrit sous le rubrique « La variance orthographique " .

Sur 500 modifications effectuées par l'Académie dans sa huitième édition, et relevées par Grevisse. (il y en a une centaine de plus en réalité). on compte 60 % environ de suppressions de variantes. Contre 4 % d'ajouts...

Pour nous en tenir au seul Petit Larousse Illustré. quelques chiffres pourront donner une idée de l'ampleur de ce mouvement : sur 2.451 mots relevés dans nos listages (variantes, mots latins et mots étrangers) nous trouvons, en l'espace de sept années seulement (1962-1969), plus de 380 « corrections » (suppressions de mots, suppressions ou ajouts de variantes et modifications diverses) soit 15,54 %'.. "(1).

 

De 1740 à 1835, chaque édition du Dictionnaire de l'Académie apportait des modifications importantes portant sur des catégories de mots. La dernière édition apporte 505 adaptations de mots.

Depuis, les auteurs de dictionnaires prennent leurs responsabilités, rnais leurs voies sont nécessairement divergentes. Aux aberrations historiques de l'orthographie du français s'ajoute maintenant une mouvance adaptative dd' auteur. Exemples ( 2 ) :

dessouler (Littré) ; dessoûler ( Petit Larousse Illustré, 1962) ;

astracan ( Littré) ; astrakan, astracan ( Robert).

 

Qu'ont proposé les réformismes du 20e siècle ? Nous trouvons, dans le Rapport  général ( 3) élaboré par la Commission placée sous la présidence de A. BESLAIS, un tableau comparatif de projets récents, ceux de DAUZAT ( 1940), LAFITTE-HOUSSAT (1950), BEAULIEUX (1952), de la Ligue pour une réforme de l'Orthographe ( s.d.) et celui de la Commission de réforme ( BESLAIS - 1952). En suivant l'ordre selon lequel est présenté le tableau, nous constatons que

- presque tous les auteurs suppriment les " h grecs ", mais pas tous les " h grecs " ;

- l'unanimité est plus grande pour ramener les pluriels à une seule forme, en S;

- le bon sens et le courage l'emportent pour s'attaquer aux doubles consonnes ;

 

(1) N. CATACH..., Orthographe et lexicographie. t. 1, Didier. 1971,

p. 168,

(2) id., p, 57.

(3) Rapport général sur les modalités d'une simplification éventuelle de l'orthographe française. élaboré par la Commission ministérielle d'études orthographiques, Didier. Paris, 1966, pp. 14-15.

19:13 Écrit par justitia & veritas | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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